Colloque 2012 de l'AQPER - Les transports renouvelés

February 16, 2012 - Speeches

Address given by Sophie Brochu
President and Chief Executive Officer
Gaz Métro

Colloque de l'AQPER
Québec

February 16, 2012

(Available in French only)

(Check against delivery)

-----------------------------------------------------------------

Bonjour !

C’est un plaisir pour moi d’être avec vous ce midi. Je considère cette rencontre comme une véritable opportunité, et je vous remercie sincèrement de m’accueillir.

Aujourd’hui, je vais bien sûr vous parler de transport durable puisqu’il s’agit du thème de la conférence. Cela dit, vous me permettrez de « planter le décor », de profiter de l’occasion pour vous parler d’énergie en général. Vous parler aussi de Gaz Métro, de notre évolution naturelle au fil des ans, et des moyens que nous déployons pour contribuer, à notre façon, à un Québec meilleur.

Je débute en vous disant que le cœur de Gaz Métro bat au rythme de deux crédos.

Le premier est celui de l'utilisation de la bonne énergie à la bonne place.

Notre second crédo, est celui des priorités. Des priorités à accorder aux différentes solutions énergétiques, étant entendu qu’aucune forme d’énergie n’est parfaite. Qu’aucune forme d’énergie ne peut, à elle seule, répondre à tout moment, à tous les besoins énergétiques en satisfaisant à la fois nos impératifs économiques et nos ambitions environnementales.

Il faut donc, comme société, travailler avec plusieurs énergies. Cela dit il faut les « ordonnancer ». À notre avis, il faut donner priorité à l'efficacité énergétique, ensuite aux énergies renouvelables utilisées à bon escient et, finalement, à l'utilisation du gaz naturel qui doit être privilégiée, à chaque fois que cela est possible, par rapport aux produits pétroliers.

Cet ordonnancement nous guide, chez Gaz Métro, à tous les jours et depuis longtemps.

Déjà, à la fin des années 90, bien avant que les préoccupations environnementales ne soient au goût du jour, et alors qu’à peu près personne ne se préoccupait d’efficacité énergétique, Gaz Métro a été un des premiers distributeurs au pays à proposer à son organisme de réglementation un plan global pour aider ses clients à consommer mieux et à consommer moins. Un plan qualifié à l’époque de suicidaire par certains observateurs qui ne comprenaient pas qu’on veuille ainsi sciemment s’autocanibaliser. 

Le temps, comme on le sait, a donné raison à Gaz Métro. La société québécoise est aujourd’hui mieux conscientisée à l’importance de conserver l’énergie et nos concitoyens accordent dorénavant leur confiance aux fournisseurs d’énergies « dont les bottines suivent les babines ».

Je vous donne un exemple.  Entre 2000 et 2011, Gaz Métro a pratiquement quintuplé le nombre de raccordements de nouveaux clients résidentiels (de 2 000 à près de 10 000 par année). Sur la même période, nos programmes d’efficacité énergétique ont « effacé » tout près de 3 fois cette nouvelle consommation.

Vous aurez compris de ce qui précède que nous avons l’ambition d’être une entreprise énergétique d’avant-garde. En fait, Gaz Métro évolue depuis quelques années en généraliste de l’énergie, ce que j’appelle un énergéticien.

Le premier jalon de cette évolution a été posé en 2007 alors que Gaz Métro a acquis Green Mountain Power, un important distributeur d’électricité dans l’état du Vermont où nous étions déjà présents, depuis un quart de siècle, comme distributeur gazier. Ainsi, à deux heures de Montréal, dans un état américain plus vert que vert, Gaz Métro est à même de donner vie au principe de la bonne énergie à la bonne place.

Le deuxième jalon de notre métier d’énergéticien a consisté pour Gaz Métro à s’impliquer dans les énergies renouvelables.

Nous avons ici priorisé deux filières: l’énergie éolienne et le biométhane.

Tout d’abord l’énergie éolienne.

Notre filiale Green Mountain Power est à construire dans le nord du Vermont un parc de 63 MW qui entrera en service cette année et qui sera en mesure d’alimenter en électricité 24 000 ménages de ce coin de pays.

Ici, au Québec, comme la plupart d’entre vous le savent, Gaz Métro s’est associée à Boralex et au Séminaire de Québec dans la mise en place d’un des plus importants parcs éoliens au Canada. Un projet situé près d’ici, sur les terres de la Seigneurie de Beaupré.

Je salue d’ailleurs la présence de Jacques Roberge, du Séminaire de Québec, ainsi que des représentants de Boralex qui sont ici aujourd’hui. La collaboration exceptionnelle entre le Séminaire, Boralex et Gaz Métro a permis la concrétisation de ce projet ambitieux.

Un projet auquel ont adhéré tous les intervenants consultés ce qui démontre qu’il est encore possible de réaliser chez nous, au Québec, des projets énergétiques rassembleurs. Des projets qui rallient, à la fois, les intérêts nationaux et régionaux. 700 emplois directs seront ainsi soutenus entre 2011, date du début de la construction et décembre 2013, date de mise en service de la première phase de 272 MW.

Un autre bloc de 69 MW sera également mis en service d’ici la fin 2014 sur les terres de la Seigneurie. Comme quoi on peut bâtir sur nos succès.

C’est un gros et un beau projet.

Il y a quelques jours, à Londres, se tenaient « les oscars » du financement à travers le monde, les Project Finance International (PFI) Awards.  Gaz Métro et Boralex ont reçu un prix important pour la mise en place du financement de 725 millions de dollars pour le projet de la Seigneurie de Beaupré. Un financement réalisé à l’automne dernier, dans les conditions de marché que l’on sait. 

Ce financement a remporté les honneurs dans la catégorie des transactions dans le domaine des énergies renouvelables en Amérique. Il se distingue par une structure qualifiée d’originale mais aussi par la participation de grands fonds québécois, jusque là absents de ce type de financement de projet.

Nous sommes très fiers de la confiance que nous portent la Caisse de dépôt et placement du Québec et Investissements Québec qui se sont joints aux institutions financières asiatiques et européennes qui nous prêtent leurs deniers.

Le Québec est à devenir un joueur remarqué de la scène éolienne mondiale et Gaz Métro est fière d’y participer. Et nous espérons, comme tous nos collègues de l’industrie, que le Gouvernement du Québec donnera suite à sa volonté de favoriser la mise en place de 700 MW d’énergie éolienne additionnelle dans un avenir rapproché.

Au Québec donc, comme ailleurs dans le monde, la composition de l’électricité évolue. 

Selon nous, il en sera de même pour la composition du gaz naturel que nous distribuerons à nos clients. En effet, Gaz Métro travaille activement à mettre en place les conditions propices à l’injection de biométhane dans son réseau.

Nous pensons que la valorisation des matières résiduelles en biométhane est une solution intelligente aux plans énergétique et environnemental. Gaz Métro entend favoriser la viabilité économique de telles initiatives en mettant son expertise et ses infrastructures gazières au service des municipalités qui sont à développer des projets en ce sens.

Nous poursuivons nos échanges avec les joueurs de cette filière et nous sommes plus que sensibles à leurs besoins. Il y a encore quelques ficelles à attacher mais rien qui ne soit insurmontable. Je pense notamment aux aspects plus techniques comme ceux reliés au traitement requis avant l’injection dans le réseau.

Un réseau qui permettra aux producteurs de biométhane d’avoir accès à un large marché composé de plus de 180 000 clients.

Un réseau qui sera en mesure de jouer un rôle d’équilibrage de l’offre et la demande pour le biométhane, un peu comme le fait le réseau hydroélectrique pour l’énergie éolienne.

Bref, Gaz Métro va s’impliquer à fond en mettant de l’avant des solutions novatrices pour que cette filière prenne son envol à court terme, que les premiers projets soient synonymes de succès et qu’ils en inspirent d’autres.

Je ne vous cacherai pas qu’il me tarde d’annoncer les premiers projets d’injection de ce gaz renouvelable et domestique de manière à ce que l’empreinte du gaz naturel consommé au Québec en 2020 soit encore plus avantageuse qu’elle ne l’est déjà aujourd’hui.

Le biométhane m’amène à faire le lien avec l’univers du transport puisqu’il sera aussi en mesure d’alimenter des véhicules. On pense spontanément aux camions qui transportent des matières résiduelles mais rien n’empêchera le biométhane d’alimenter des flottes municipales et des véhicules lourds. 

L’arrivée du biométhane dans le transport se fera progressivement, au fur et à mesure que les volumes disponibles iront grandissants. Et l’accès à cet important débouché lui sera d’autant facilité que le gaz naturel, avec lequel il est parfaitement compatible, aura d’ici là pris des parts de marché.

Il est évident que l’essence et le diesel sont susceptibles de maintenir leur position dominante sur le marché du transport pendant encore de nombreuses années. Certains croient que la planète devra approcher la fin des réserves de pétrole pour que d’autres énergies soient réellement mises à contribution dans le secteur du transport. Je ne suis pas de cet avis. On n’a pas quitté l’âge de pierre parce qu’on a manqué de pierre. On a quitté l’âge de pierre parce qu’on a trouvé mieux.  Au Québec,  je suis confiante que l’électricité et le gaz naturel peuvent travailler ensemble,  en complémentarité pour y réduire l’importance de l’essence et du diesel.

Le Québec se prête évidemment bien à l’électrification d’une partie de la flotte de voitures personnelles.

Le gouvernement du Québec, Hydro-Québec et plusieurs grandes entreprises québécoises viennent à cet égard de faire preuve d’un grand leadership en annonçant une série de mesures qui permettra le déploiement d’un parc important de voitures électriques au cours des prochaines années. C’est formidable !

Mais l’électricité n’offre pas de solution pour le transport lourd de marchandises. Ce dernier génère, à lui seul, le tiers des émissions de GES du transport routier : 9 millions de tonnes de CO2. Par rapport à 1990, les émissions de GES de ce secteur ont cru de près de 80 %.

Faut-il pour autant démoniser les entreprises de transport ? Bien sûr que non ! Les transporteurs sont au cœur même du fonctionnement de notre économie. Leur vigueur est directement liée à l’essor de nos entreprises et de nos industries.

Le Québec et l’Ontario réunis représentent la 4e zone économique en importance en Amérique du Nord. Le corridor Québec Toronto constitue l’axe principal pour le transport des marchandises entre le Québec et ses partenaires économiques.

Plus de 48 000 camions se déplacent chaque semaine sur cette axe, 35 000 en font autant entre Québec et Montréal.

Vous avez compris qu’il y a là quelque chose de beau à faire. Et nous avons commencé à le faire!

De concert avec le Groupe Robert, une entreprise bien de chez nous, une entreprise reconnue par ses pairs comme un leader de son industrie, Gaz Métro est à déployer la Route bleue. Nous sommes à implanter le premier corridor de transport au gaz naturel liquéfié au Canada, sur les axes routiers de la 20 et de la 401, entre la région de Québec et la région de Toronto. 

Gaz Métro a déjà mis en service deux stations de ravitaillement. L’une à Boucherville, l’autre à Mississauga. Une troisième est planifiée sous peu dans la région de Québec et nous réfléchissons à Rivière-du-Loup. Ces stations de ravitaillement sont alimentées en GNL à partir de notre usine de liquéfaction à Montréal Est.

Je salue le grand visionnaire qu’est Claude Robert qui a été la bougie d’allumage de ce projet. Claude a été un véritable pionnier en commandant 180 camions au GNL auprès de grands manufacturiers qui n’ont pas eu le choix de prêter oreille à celui qui les a littéralement tirer vers leur propre avenir. La preuve, ce manufacturier compte aujourd’hui plus de 1 000 commandes de camions au GNL.

Claude Robert est motivé par la compétitivité du gaz naturel par rapport au diesel, et par ses attributs environnementaux. Des attributs qu’il saura, j’en suis certaine, faire valoir à des clients de plus en plus discriminants et qui valorisent les fournisseurs responsables.

Attirés par ces avantages marqués, plusieurs autres grands transporteurs envisagent sérieusement de recourir à cette nouvelle technologie. Ils sont encouragés en cela par les mesures fiscales mises de l’avant par le gouvernement du Québec pour favoriser l’acquisition de camions fonctionnant avec des carburants plus propres.

Tournons-nous maintenant vers le transport maritime où la Société des traversiers du Québec se positionne également comme un leader continental en matière de transport durable. Vous me permettrez de saluer la vision de Georges Farah, Président de la STQ, laquelle a fait le choix, elle aussi, d’utiliser le GNL pour trois de ses nouveaux navires actuellement en construction, une première en Amérique. Tadoussac, Baie-Comeau et Matane seront ainsi le théâtre d’une avancée technologique qui est déjà suivie à l’international par le monde maritime.

L’ambition de Gaz Métro en matière de transport ne s’arrête pas là.  En collaboration avec le transporteur ferroviaire Canadien National et le fabriquant de moteurs Westport, nous avons débuté un projet pilote afin de démontrer l’application du gaz naturel liquide comme carburant pour les locomotives.

Tout ceci prouve bien que la société québécoise est en mouvement pour réduire l’emprise des produits pétroliers sur son bilan énergétique. Et que la complémentarité du gaz naturel et de l’électricité permettra de l’accélérer.

En combinant la souplesse de l’électricité dans le transport léger, avec l’efficacité du gaz naturel dans le transport lourd, le Québec sera en mesure de faire des gains tangibles et immédiats.

Conclusion

Peu de sociétés de distribution gazière en Amérique du Nord ont entrepris ce type d'initiatives. Comme vous pouvez le constater, nous entendons être de celles qui tracent la voie.

Gaz Métro est énergéticienne avant tout.  Notre vision complémentaire et inclusive de l'énergie est celle-là même qui nous a amené à construire sur les assises de notre métier de service public gazier pour devenir un distributeur d’électricité et dans quelques mois, un producteur d’énergie éolienne.

Cette vision holistique de l’énergie nourrit aujourd'hui nos ambitions pour le gaz naturel dans le secteur du transport lourd et la mise en valeur de notre réseau de distribution au bénéfice de l’énergie renouvelable qu’est le biométhane.

En tentant d’imaginer notre avenir, il faut concevoir nos choix énergétiques comme une trajectoire. Un chemin à parcourir.  Des étapes à franchir.

Et une de ces étapes consistera encore pendant plusieurs années à faire jouer ensemble les meilleures énergies traditionnelles et les énergies nouvelles.

À l’heure où le degré d’émotivité reliée à l’actualité énergétique atteint des sommets, j’ai voulu partager avec vous aujourd’hui une vision globale et nuancée du monde de l’énergie.  En énergie comme en toute chose, la nuance est l’expression même du principe de précaution, et j’ose croire, toujours un signe d’intelligence

 Mais à l’ère de la « twittérature » et des conversations à 140 caractères, on manque de temps. La nuance a de la misère à s’exprimer et à se faire entendre. Voilà pourquoi je considère comme un véritable luxe le temps que vous m’avez consacré aujourd’hui.

Je vous en remercie

Return to the press room