Chambre de commerce et d’industrie de Laval - Allocution de Sophie Brochu

17 Septembre 2009 - Allocutions

Allocution prononcée par Sophie Brochu
Présidente et chef de la direction de Gaz Métro

Chambre de commerce et d’industrie de Laval
17 septembre 2009
 
(Seule la version prononcée fait foi)

Monsieur le Conseiller,
Mesdames et Messieurs,

Bonjour ! et merci de m’avoir invitée à lancer cette série des conférences-midi 2009-2010.

L’année qui vient de s’écouler a été marquée en grande partie par un courant à peu près incessant de mauvaises nouvelles économiques. Tout comme vous, j’espère vivement que l’année qui vient verra le vent tourner et qu'elle nous apportera de meilleures nouvelles.

Pour partir le bal, j’ai choisi de vous parler de ce qui se passe de bon dans mon secteur, le gaz naturel, et de vous dire comment vos entreprises et vos institutions peuvent également en profiter.

 

Depuis quelques mois maintenant, le gaz naturel fait la manchette des journaux. Encore ce matin, il fait l'objet d'un cahier complet dans le journal La Presse. Le gaz naturel fait la manchette pour deux raisons : la première, c’est que son prix est bas. La seconde, c’est qu'avec le temps, la société québécoise rattrape les grandes sociétés industrialisées de par le monde qui reconnaissent depuis longtemps les avantages économiques et environnementaux que procure le gaz naturel.

Attardons-nous si vous le voulez bien à ces deux aspects.

Parlons d'abord du prix du gaz naturel qui est à son plancher des sept dernières années. Le gaz se transige actuellement à moins de quatre dollars américains le millier de pieds cubes. Ceci se compare aux pointes de 12 dollars observées au cours des années 2000.

Le prix du gaz naturel a diminué parce que les stocks, eux, ont considérablement augmenté, résultat du jeu de l'offre et de la demande. Cette dernière a fléchi en raison du contexte économique. Vous me direz qu'il s'agit là d'un phénomène conjoncturel qui devrait se redresser graduellement au fil de la reprise. Vous avez raison.

Du côté de l'offre toutefois, on observe une réalité qui, elle, s'avère structurelle et qui est donc là pour un bon bout de temps. Il s'agit de la contribution de ce qu'on appelle le gaz de schiste, un gaz naturel logé dans des structures géologiques très complexes et très denses, inaccessible jusqu'ici mais que de nouvelles technologies ont récemment permis de mettre en valeur. Ces technologies ont été développées dans la foulée des prix élevés qui avaient incité la recherche et le développement. Comme quoi à toute chose malheur est bon. C'est ainsi qu'en seulement deux ans, le gaz de schiste a fait augmenter de 10 % la production totale de gaz naturel aux États-Unis.

Longue histoire courte, il y a maintenant sur le continent davantage de gaz naturel disponible pour répondre à la demande et cela permet à nos clients de se le procurer à moindre coût.

Ceux qui nous connaissent peu se surprennent que Gaz Métro se réjouisse de la baisse des prix du gaz. C’est vrai que la plupart des entreprises n’aiment pas que le prix de leur produit plonge. La différence, c’est que Gaz Métro ne vend pas vraiment du gaz naturel. Ce que nous vendons réellement, c’est-à-dire ce sur quoi nous faisons un profit, c’est le service de distribution. Nous ne faisons pas un sou sur le gaz naturel lui-même : nous sommes tenus, par la Régie, de le revendre à nos clients au même prix où nous l’achetons nous-mêmes de nos fournisseurs.

La baisse des prix du gaz naturel le rend évidemment encore plus concurrentiel qu'il ne l'était déjà. C’est une bonne nouvelle pour trois raisons : pour l’environnement, pour les finances publiques du Québec et pour les entreprises qui l’utilisent.

Pour l’environnement d’abord, parce que le gaz naturel est le combustible d’usage courant le plus propre. Il émet un tiers de moins de gaz à effet de serre que le mazout. Il permet de réduire à presque rien les émissions de particules et de contaminants atmosphériques responsables du smog. Chaque fois qu’un client au mazout se convertit au gaz naturel, il réduit significativement l'empreinte environnementale de ses activités et la pollution sous toutes ses formes.
 
Deuxièmement, c’est une bonne nouvelle pour les finances publiques et pour les contribuables du Québec. Je m'explique en vous rappelant que le prix de l’électricité au Québec est vendu sous sa valeur de marché, à un niveau artificiellement faible. Tout juste de l'autre côté de notre frontière, en Ontario ou aux États-Unis, l’électricité se vend généralement de deux à trois fois plus cher le kilowattheure que chez nous.

Lorsque le prix du gaz naturel est suffisamment concurrentiel pour remplacer l’électricité dans des procédés où le gaz est plus efficace, comme le chauffage de l’air et de l’eau, il libère de l'électricité que le Québec peut revendre à profit, sur les marchés d'exportation. L'an dernier, HQ a ainsi récolté 16 % de ses revenus avec 10 % de ses volumes, soit ceux acheminés hors Québec. Le gouvernement dispose ainsi de plus d’argent pour payer nos services publics et peut ainsi soulager d'autant le poids fiscal assumé par les contribuables du Québec.

Depuis 10 ans déjà, le gaz naturel est plus concurrentiel que le mazout et l'électricité dans le marché commercial. Aujourd'hui, le gaz naturel est devenu très concurrentiel par rapport à l'électricité dans le secteur résidentiel.

Tous les consommateurs québécois de gaz naturel gagnent évidemment de la baisse du prix du gaz. Et plus les volumes consommés sont importants, c'est le cas des commerces et des industries, plus les retombées sont significatives.

Entre juillet 2008 et aujourd’hui, le montant total facturé à nos clients pour le coût brut de la molécule de gaz naturel a chuté de plus de 950 millions de dollars , une réduction de plus de 50 %. Seulement pour la région de Laval, les économies réalisées s'élèvent à 25 millions de dollars. 25 millions qui sont aujourd'hui entre vos mains plutôt qu’entre celles des producteurs de l'Ouest canadien. Chacun son tour ! Cet argent peut être réinvesti en capital dans vos industries, vos commerces et vos institutions. Dans des programmes de formations de la main-d'œuvre, dans la recherche et développement, que sais-je ? Je suis convaincue que vous savez quoi faire avec votre cash !

Le Château Royal, qui nous accueille aujourd’hui, a vu le prix annuel qu’il paie pour la molécule de gaz diminuer de plus de 7 000 $, tandis qu’un client à plus fort volume comme Tergel a vu les économies annuelles atteindre 500 000 $. La baisse du prix du gaz naturel contribue à compenser la hausse des coûts reliés à sa distribution, qui finance notamment les investissements considérables que nous faisons pour assurer le développement, la sécurité et la pérennité de nos infrastructures.

Gaz Métro a d'ailleurs ici à Laval des actifs considérables. Votre région est un marché extrêmement important pour nous. Au cours des dernières années, le réseau gazier lavallois s'est étendu de 14 km, l'équivalent d'un peu plus que la largeur totale de l'île.

Laval est la deuxième ville du Québec en termes de consommation de gaz naturel, devancée uniquement par Montréal. Outre Montréal, Laval est aussi le seul endroit au Québec où le réseau gazier s’étend d’un bout à l’autre du territoire.

Cela met en lumière un grand potentiel de développement, d’autant plus que la population de Laval croît plus rapidement que celle de la métropole, et ce, depuis plusieurs années.

Il y a actuellement six clients de Gaz Métro à Montréal pour chaque client à Laval. Mais dans les trois dernières années, pour six nouveaux clients raccordés à Montréal, on en a compté près de quatre ici dans la région.

Les investissements annuels de Gaz Métro à Laval sont passés de 3,5 millions de dollars en 2005-2006, à près de 5 millions de dollars l’an dernier.

Dans le secteur résidentiel seulement, les projets actuellement en œuvre et qui seront alimentés au gaz dépassent aisément le millier de logements. Plusieurs projets sont aussi en marche à Ste-Rose, à Chomedey ou encore à Duvernay, près du nouvel axe projeté de l’autoroute 25. La progression du gaz naturel chez vous est également nourrie par le passage graduel d’un modèle de construction de banlieue à une formule plus urbaine, près des stations de métro.

Pour Gaz Métro, Laval est donc une ville avec un potentiel économique exceptionnel qu’elle est en bonne voie de réaliser.

Des représentants de Laval Technopole sont dans la salle ce midi et vous parleront bien mieux que je pourrais le faire des forces industrielles et scientifiques de la région, et je ne tenterai pas de leur faire concurrence. J’aimerais cependant souligner deux aspects de l’économie lavalloise que je trouve particulièrement intéressants.

Le premier, c’est la présence importante de l’agro-alimentaire et de l’industrie horticole chez vous. Laval est maintenant la capitale horticole du Québec avec plus de 130 producteurs. La grappe industrielle dans son ensemble regroupe près de 300 entreprises.

Dans le secteur agricole, le gaz naturel détrône de plus en plus le mazout, améliorant le bilan environnemental et réduisant les coûts de production de ceux qui en font le choix. À Laval, les Serres Sylvain Cléroux et la Ferme Grover sont deux exemples de nos clients importants actifs dans ce secteur d'activité économique.

Gaz Métro a été en mesure de les raccorder au réseau gazier et de les desservir, parce qu'ils sont installés dans une ville avec une structure économique dense et diversifiée, et qu’ils sont ainsi à proximité des grandes artères de distribution de gaz naturel. Malheureusement, étendre notre réseau coûte très cher, ce qui explique que de nombreuses zones rurales ne peuvent pas être desservies en gaz naturel de façon rentable. En étant situées à Laval, les entreprises horticoles ou agro-alimentaires sont non seulement proches de leurs marchés de destination, mais elles ont aussi un accès facile à la source d’énergie la plus propre et la moins chère pour leurs production.

La deuxième tendance frappante dans le développement de Laval, c’est la densification actuelle et à venir autour des nouveaux pôles que constituent les stations de métro. La station Montmorency, en particulier, s’impose comme une attraction considérable pour les résidences et les commerces.

Laval se constitue ainsi de plus en plus un quartier central avec son caractère propre, qui contribuera à structurer toute la vie économique de la ville. Ce n’est pas un hasard si c’est dans ce quartier que le réseau de Gaz Métro est le plus dense à Laval. La densité et la mixité des usages fait en sorte qu’il est possible de livrer les services publics de façon plus efficace, et à moindre coût par rapport aux zones à plus faible densité.

 

L’une des clefs de la réussite de Laval, c’est donc la manière dont elle réussit à miser sur la diversité pour enrichir son tissu économique et urbain. Laval rejoint ainsi les grandes villes du monde qui se sont développées en misant sur la diversification. On peut noter a contrario que les villes qui ont voulu se concentrer sur un seul créneau, par exemple Détroit avec l’automobile ou Hamilton avec l’acier, rencontrent souvent tôt ou tard des problèmes difficiles à surmonter.

Comme il en va du développement économique, il en va aussi du développement énergétique. L’énergie est précieuse pour tous les aspects de notre vie. Il est absolument fondamental de raisonner l'énergie comme un portefeuille et d'utiliser chacune de ses formes là où elles excellent. Le tout-électrique n’a plus aucun sens.

Le Québec a la chance extraordinaire d’avoir fait les bons choix en privilégiant le développement de l’hydro-électricité et de valoriser ces ressources exceptionnelles, tant pour leur valeur économique qu’environnementale. Cela ne doit pas nous dispenser de réfléchir à comment utiliser cette énergie de la façon la plus efficace possible, pour ne pas gaspiller nos atouts.

Il va de soi que la position du Québec nous permet de prétendre devenir des leaders dans les technologies électriques. Ce qui n’est pas vrai, c’est que nous devons utiliser notre électricité à toutes les sauces et que nous pouvons nous offrir le luxe de la gaspiller.

C’est pourtant ce qui se produit trop souvent. L’éclairage offre un exemple particulièrement frappant de l’usage inefficace de l’électricité qui découle de son faible prix. Les Québécois, autant les particuliers que les commerces ou les villes, éclairent massivement le ciel nocturne, un phénomène connu sous le nom de pollution lumineuse.

Ainsi, vue de l’espace, Montréal est aussi brillante que New York, qui compte 10 fois plus d’habitants. Québec est aussi visible que Boston ou Paris. Les effets d'un consommation indue se constatent aussi sur la terre ferme : sur l’ensemble du territoire de Laval, on ne peut jamais distinguer plus d’une vingtaine d’étoiles dans le ciel nocturne sur les milliers qu’on peut voir dans un ciel parfaitement noir.

Ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres qui illustrent qu’il faut utiliser l’énergie de façon efficiente et intelligente. Le gaz naturel est la source d’énergie la plus appropriée et la plus propre lorsqu’il est utilisé pour le chauffage de l’air et de l’eau, et que l’électricité est réservée aux usages qu’elle seule peut servir.

C’est un principe qui est de plus en plus reconnu dans toutes sortes de domaines, par exemple dans le développement durable. La norme la plus utilisée en Amérique du Nord pour le bâtiment durable, la certification LEED, accorde plus de points pour les bâtiments qui utilisent des appareils au gaz naturel hautement efficaces pour chauffer l’air et l’eau que pour ceux qui privilégient le tout-à-l’électricité. En agissant ainsi, le Conseil du bâtiment durable, qui supervise l’application de la norme LEED, reconnaît que l’usage du gaz naturel est un ingrédient du développement durable.

Dans un autre domaine, le gaz naturel est déjà utilisé dans de nombreux pays, notamment le Brésil et l’Argentine mais aussi aux Etats-Unis, pour remplacer le carburant diesel dans le transport de marchandises et les véhicules lourds. Cette solution permet de réduire dès maintenant les émissions de gaz à effet de serre de 15 à 20 %, et d’éliminer presque complètement les émissions de contaminants atmosphériques responsables du smog urbain.

Plusieurs villes un peu partout dans le monde utilisent également le gaz naturel dans le transport en commun ou pour de petits véhicules comme les balayeuses urbaines. En fait, une entreprise de la Rive-Sud, Allianz-Madvac, fabrique des balayeuses de rue au gaz naturel qu’elle vend ailleurs dans le monde, notamment à la Ville de New York.

Pourquoi ne serait-il pas possible d’utiliser ces technologies au Québec, avec des autobus et des balayeuses au gaz naturel dans les rues de Laval et des camions au gaz naturel sur nos routes ?

Mon but n’est pas de vous faire croire que le gaz naturel a toutes les vertus. Mais il possède plusieurs qualités précises bien connues, et grâce à cela il peut prétendre à bon droit être en mesure de contribuer au développement durable de notre société.

Chez Gaz Métro, nous ne sommes pas des partisans du « ou » mais plutôt du « et » : il y a une place pour toutes les énergies dans notre société, et il nous revient de réfléchir et d'en peser les avantages et les inconvénients pour déterminer la plus avantageuse dans chaque circonstance.

Laval a connu depuis plusieurs décennies une croissance qui ne s’est pas démentie en misant justement sur la diversité et en profitant des bonnes occasions lorsqu’elles se sont présentées. J’espère que le Québec, ses entreprises comme ses gouvernements et ses municipalités, sauront faire de même en matière d’énergie pour assurer notre prospérité et la préservation de notre environnement.

Je vous remercie de l'attention que vous m'avez accordée. Je vous souhaite toute la prospérité à laquelle vous aspirez et j’espère humblement que Gaz Métro aura l'occasion d'y contribuer.

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