Sommet sur l’énergie, organisé par Les Affaires - Allocution Sophie Brochu

24 Septembre 2013 - Allocutions

Le mardi 24 septembre 2013

Allocution prononcée par Sophie Brochu
Présidente et chef de la direction, Gaz Métro

Sommet sur l'énergie, organisé par Les Affaires

(Seule la version prononcée fait foi)

----------------

Mesdames, Messieurs,

Bonjour,

Je tiens d'abord à féliciter les organisateurs de ce sommet.   

À l'heure où tout le Québec est à réfléchir à la politique énergétique qui guidera notre avenir, Les Affaires démontre un souci pour une discussion large et nuancée.  Une discussion qui doit aller au-delà des passions. Qui doit s'écarter des dogmes et des mythes.

Je dis bravo aux organisateurs.

***

Moi, ce que je souhaite, c'est que la discussion publique que nous avons entreprise permette aux Québécois de s'approprier une image complète des enjeux énergétiques.

Et là, si vous me permettez l'expression, on est un peu mal barrés.

Dans son document de consultation, le gouvernement aborde en long et en large la relation énergie – environnement. C'est très important. Mais au passage, la relation fondamentale entre énergie et prospérité est reléguée au second rang.

Pourtant, si on veut un Québec plus vert et plus prospère, il faut travailler sur ces deux fronts avec la même détermination.

Le document ne présente malheureusement pas une image complète des défis que nous avons à relever.  De même, il ne présente pas toutes les solutions et opportunités que nous avons pourtant à notre portée.

Du coup, il manque un grand bout de l'histoire. Je prendrai donc aujourd'hui quelques minutes pour vous la raconter.

***

Au Québec, nous avons une chance inouïe : nous avons une abondance d'électricité renouvelable. Son avantage est si grand qu'il permet au Québec d'être l'une des sociétés nord-américaines où les émissions de GES per capita sont les plus faibles.

Nous pouvons tous être fiers de cet avantage comparé.

Je le suis moi aussi.

Il est tout à fait logique de vouloir faire de l'électricité un pilier économique et environnemental de notre société.  Mais cela ne doit pas se faire droit devant, tête baissée. Cela ne doit pas nous priver de notre lucidité.

L'électricité ne sait pas tout faire sur le plan technique, et elle ne peut pas tout faire sur le plan économique.

Sur le plan technique, il existe plusieurs procédés qui nécessitent absolument une flamme. À titre d'exemple, l'électricité transforme l'alumine en aluminium, mais il faut d'abord extraire l'alumine de la bauxite, et pour ça, il faut une flamme. Il faut soit du mazout, soit du gaz naturel. 

De même, et j'en parlerai plus avant dans quelques minutes, on ne pourra pas utiliser l'électricité pour tous les modes de transport. On devra là encore recourir soit au diesel soit au gaz naturel.

Tournons-nous maintenant vers les considérations économiques.  Vous conviendrez avec moi qu'il faut au minimum prendre acte du prix relatif des différentes formes d'énergie.  Au Québec, comme partout en Amérique du Nord, le gaz naturel est devenu l'énergie la moins chère. 

C'est vrai sur tous les segments de marché : résidentiel, commercial, institutionnel et industriel. Le gaz naturel se vend aujourd'hui la moitié du prix d'il y a cinq ans.  Ce n'est pas un péché, c'est une réalité dont nous devons profiter d'autant que, de l'avis de la grande majorité des analystes, cette situation est là pour durer.

Le défi qui nous rassemble, c'est d'arriver, par un même geste, à polluer moins et à prospérer mieux. Et cela, aucune énergie ne peut le faire seule. Pas même l'électricité.

Ce n'est pas là le discours biaisé d'un distributeur gazier. C'est le cri du cœur d'une entreprise québécoise « pluri-énergies » qui est d'ailleurs très investie en énergies renouvelables.

***

Gaz Métro est connue comme le grand distributeur gazier au Québec. Nous sommes 1 400 hommes et femmes à opérer un réseau de 10 000 km, desservant près de 190 000 clients dans 300 municipalités.

Ce qui est moins connu, c'est que, par notre filiale Green Mountain Power, nous distribuons aussi  la grande majorité de l'électricité consommée au Vermont. Dans cet État, dont les valeurs sociales et environnementales ressemblent beaucoup à celles du Québec, nous produisons de l'électricité renouvelable sous plusieurs formes :

·         avec 32 petits barrages hydroélectriques;

·         un parc éolien de 63MW que nous venons de mettre en service; 

·         un programme novateur, le « Cow Power », vous avez bien entendu, qui consiste à produire de l'électricité en partenariat avec des fermes laitières. Vous devinez quelle en est la matière première…;

·         nous sommes aussi en train de faire de la petite ville de Rutland, une ville éprouvée économiquement, un centre d'excellence en énergie solaire.  D'ici 2015, nous produirons assez d'énergie solaire pour alimenter 10 000 maisons. Ce sera sans équivalent en Nouvelle-Angleterre. Nous sommes d'ailleurs finalistes au National Solar Award des États-Unis.

Je reviens au Québec, où Gaz Métro réalise avec ses partenaires Boralex et Valener un parc éolien de 340 mégawatts, un des plus grands au Canada.

Et parce que nous croyons que nos déchets sont en fait une source d'énergie que notre société doit valoriser, nous travaillons aussi depuis trois ans sur des projets de valorisation du biométhane.

Nous avons appris que le progrès environnemental et économique repose sur la complémentarité des différentes formes d'énergie.  Et bien que nous soyons très versés en renouvelable, nous croyons que le gaz naturel est un incontournable.

Je vous explique pourquoi.

***

Le gouvernement actuel s'est fixé la cible de réduction des GES la plus ambitieuse en Amérique du Nord.

25% de réduction d'ici 2020.

C'est un défi colossal.

Je pense qu'on est capables pour autant qu'on prenne les moyens.

Parmi ceux-ci, on doit valoriser le maillage stratégique entre l'électricité et le gaz naturel. Pour tout vous dire, je ne crois pas qu'on puisse espérer même s'approcher de notre cible de réduction de gaz à effet de serre si on ne met pas le gaz naturel dans l'équation.

Voyons ça de plus près.

***

Au Québec, le plus grand émetteur de GES est le secteur des transports : 42,5 % du total.

Le deuxième plus important, celui des industries : 32,9 % du total.

Sur le plan environnemental, le Québec doit agir en priorité sur ces deux secteurs, qui génèrent plus des trois quarts de nos GES.  Et il doit le faire avec le souci de protéger, voire d'améliorer, la compétitivité de notre économie.

Commençons par les transports.

Le gouvernement veut électrifier les transports publics. Nous disons bravo.

Le gouvernement veut aussi favoriser l'arrivée sur nos routes de 300 000 véhicules électriques personnels.  Nous sommes d'accord.  Mais nous jugeons essentiel que les Québécois soient informés de la facture.  Avec des subventions allant jusqu'à près de 8 000 $ par véhicule tout électrique, les 300 000 véhicules coûteront aux contribuables du Québec entre 1 et 2 milliards de dollars.  Pour un véhicule tout électrique qui serait sur nos routes pour 10 ans, cela revient à 190 dollars la tonne de GES évitée.

En outre, il faut savoir que le tiers de toutes les émissions de GES liées aux transports routiers est imputable aux camions lourds et aux camions moyens. Dans le document de consultation, on parle de mettre des caténaires au-dessus de nos autoroutes pour des camions électriques.  Je veux bien qu'on explore de nouvelles idées. Je veux bien rêver. Malheureusement, nous n'avons pas le luxe d'une nuit de 20 ans.  Notre objectif, c'est 2020.  C'est demain. Alors concentrons-nous d'abord sur ce qui marche et qui a fait ses preuves.

Pour les camions moyens et les camions lourds, la solution à court et à moyen termes, c'est le gaz naturel, ce n'est pas l'électricité. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont ceux dont c'est le métier.

Il y a trois ans, un des plus grands transporteurs au Canada, Transport Robert, se dotait de ses premiers camions au gaz naturel liquéfié, du GNL. La compagnie en compte aujourd'hui 124 et elle en aura près de 200 sur les routes l'an prochain. D'autres entreprises emboitent le pas, comme Transport YN Gonthier et Loblaw. 

Autre exemple parmi tant d'autres, d'ici la fin de 2013, la compagnie EBI Environnement aura plus de 50 camions à ordures qui rouleront au gaz naturel. Dans ce cas, c'est du gaz naturel comprimé, qui est parfait pour les plus courtes distances.

Un camion qui passe du diesel au gaz naturel, c'est jusqu'à 25 % moins de GES et 40 % d'économie sur le carburant.

Gaz Métro fait aussi sa part. Nous avons mis en place la Route bleue : une série de stations de ravitaillement en GNL pour les camions lourds dans le corridor Québec-Toronto, qui est le quatrième plus achalandé en Amérique du Nord.  Trois stations sont déjà en opération. Trois autres s'ajouteront bientôt.

Dans une politique énergétique qui vise à polluer moins et à prospérer mieux, on devrait reconnaître ses avantages et encourager le développement de cette filière.

Si le Québec se fixait comme objectif de convertir au gaz naturel ne serait-ce que 10 % de son parc de camions lourds, cela représenterait environ 7 000 véhicules. Jusqu'au 31 mars dernier, le gouvernement défrayait jusqu'à 15 000 dollars par camion lourd au GNL pour contribuer à amoindrir le surcoût à l'achat de celui-ci comparativement à un camion au diesel. Les transporteurs québécois espèrent grandement le retour de cette mesure, d'autant que l'Ontario s'inspire de l'exemple du Québec pour instaurer ses propres mesures incitatives. 

À 15 000 dollars de subvention par camion, il en coûterait 105 millions de dollars aux contribuables québécois. Pour un camion lourd qui parcourt 150 000 km par année comme ceux de Transport Robert, et qui reste sur la route pendant 10 ans, c'est 42 dollars la tonne de CO2 évitée. C'est presque cinq fois moins que ce qui est contemplé par le volet électrique. Je ne dis pas que c'est mieux. Je dis que ça prend les deux.

Les attributs économiques et environnementaux du gaz naturel attirent aussi les acteurs du transport maritime. La Société des traversiers du Québec s'est inspirée de l'expérience norvégienne.  Les trois traversiers qu'elle est à faire construire pour Baie-Comeau, Matane et Tadoussac fonctionneront au gaz naturel. Son initiative est suivie de près par le reste du pays ainsi que par les États-Unis, qui pourraient bien s'en inspirer à leur tour. On a de quoi être fiers.

C'est ainsi que dans le domaine des transports, le Québec peut faire des progrès remarquables en misant sur la complémentarité de l'électricité et du gaz naturel : l'électricité pour les transports publics et personnels, le gaz naturel pour le transport moyen, lourd et maritime.

***


Passons au secteur industriel.

C'est le deuxième plus grand émetteur de GES.

Nos industries font face à une concurrence internationale très vive. 

Nous avons tout avantage à encourager nos industries qui ont recours au mazout lourd à se convertir au gaz naturel.

Il en résultera pour elles des économies allant jusqu'à 60 %.

Du coup, elles seront plus concurrentielles.

L'argument vaut aussi pour nos écoles, nos universités, nos hôpitaux qui ont tellement mieux à faire avec leur argent que de payer des factures d'énergie.

Et chaque fois qu'un grand utilisateur passe du mazout lourd au gaz naturel :

·         Les GES diminuent de 32 %;

·         Les émissions de dioxyde de soufre (SO2) diminuent de 99 %;

·         Les émissions d'oxyde d'azote (NOx) diminuent de 70 %;

·         Et les émissions de particules fines, source de problèmes respiratoires, diminuent de 70 %.

Si 75 % des industries, commerces et institutions du Québec qui utilisent actuellement du mazout lourd passaient au gaz naturel, il en résulterait une réduction récurrente de 500 000 tonnes de CO2 et des économies annuelles de 240 millions de dollars pour les entreprises et le gouvernement.

Quand c'est bon pour l'environnement, la santé et l'économie, ça ressemble drôlement à du développement durable.

***

J'ouvre ici une petite parenthèse.

Gaz Métro avait pour projet de prolonger son réseau de distribution jusque sur la Côte-Nord.  Cette grande région industrielle voudrait bien, elle aussi, profiter des atouts environnementaux et économiques du gaz naturel.

Le projet a été reporté à ce moment-ci faute de pouvoir regrouper les volumes qui justifieraient la mise en place d'un grand gazoduc.  

Sachez que Gaz Métro travaille actuellement à une solution intérimaire : celle d'amener jusque là-bas du gaz naturel sous forme liquide afin de répondre le plus rapidement possible aux besoins des entreprises nord-côtières.

Ce sera un peu plus cher que l'option gazoduc, mais ça demeurera plus économique que le mazout.  Et ça permettra des gains environnementaux immédiats.

Je ferme la parenthèse.

***

Je vous ai parlé de l'importance de valoriser la complémentarité des formes d'énergie. Cela ne doit jamais occulter l'importance de les conserver.

En 2000, Gaz Métro a été le premier distributeur d'énergie au Québec à mettre en place des programmes d'efficacité énergétique. Pour plusieurs, c'était un non-sens. Pour nous c'était une évidence.

On nous disait : « Vous êtes des vendeurs de gaz et vous allez vous démener pour vendre moins de gaz... »

Tout à fait.

Nous avons fait un pari. On s'est dit que si on aidait nos clients à économiser, le bruit se répandrait et d'autres clients voudraient faire affaire avec nous. Et c'est exactement ce qui est arrivé.

Depuis presque 15 ans, nous avons déployé 100 000 projets d'efficacité auprès de nos 190 000 clients. Les économies de gaz naturel réalisées ont permis d'effacer près de trois fois la consommation de tous les nouveaux clients résidentiels que nous avons raccordés depuis 2001. Comme quoi on peut prospérer mieux et polluer moins.

Nous allons continuer nos efforts d'efficacité parce que nous y croyons et parce que nous en faisons une fierté.

***

L'hydroélectricité n'est pas la seule énergie renouvelable qui est complémentaire au gaz naturel. Il y a aussi le biométhane, cette énergie issue de la valorisation de nos déchets domestiques en énergie utile, que ce soit comme carburant ou pour répondre à nos besoins de chauffage.

Nous, on y croit beaucoup. Nous rêvons au jour où du gaz renouvelable sera non seulement produit au Québec mais aussi consommé chez nous. On y travaille depuis trois ans avec les Villes de Québec, de Saint-Hyacinthe et de Montréal afin de faire en sorte que Gaz Métro soit autorisée à acheter le biométhane et à l'injecter dans son réseau. 

Pour y arriver, notre cadre réglementaire devra évoluer. 

Pour peu qu'on nous en donne les moyens, on sera en mesure d'innover au Québec comme nous le faisons si bien au Vermont.

***

Et ce sera d'autant plus important de favoriser l'innovation en ce domaine que le Québec, déjà exemplaire en matière de GES, sera l'un des seuls endroits en Amérique du Nord à s'imposer une contrainte supplémentaire.

C'est le système de plafonnement et d'échange de droits d'émission, le fameux marché du carbone, qui est en train de se mettre en place.

J'aime ça, moi, le marché du carbone. J'y crois. En mettant un juste prix au carbone, on crée un incitatif financier efficace pour réduire les émissions.

Mais le 1er janvier 2015, nous serons seuls avec la Californie à jouer à ce jeu-là.  Les autres États et les autres provinces ne sont même pas assis à la table.

Il faudra être très prudent dans la mise en œuvre de ce marché afin de protéger la compétitivité des entreprises québécoises et l'impact sur les consommateurs. Ce qu'on met en place, on va appeler les choses par leur nom, c'est d'abord une taxe, et elle sera salée. Mais c'est une taxe qui a la particularité de pouvoir être transigée. Sauf que si on ne peut la transiger qu'entre nous, parce qu'il n'y a pas d'autres partenaires, ça deviendra simplement un désavantage concurrentiel pour le Québec.

Alors sur le principe du marché du carbone, oui. Sur la manière, attention.

***

Je terminerai mes propos en vous disant qu'il y a une différence frappante entre le souhait exprimé par les consommateurs et ce qui apparaît être le souhait du gouvernement.

Chaque jour, des clients résidentiels, commerciaux, des usines, des écoles ou des hôpitaux demandent à être raccordés au réseau de Gaz Métro.

Ceux qui ont le gaz naturel n'ont jamais été si heureux de l'avoir.

Et ceux qui n'y ont pas accès continuent de l'espérer.

Ils peuvent compter sur Gaz Métro pour les aider. Les aider à polluer moins et à prospérer mieux.

Retour aux nouvelles